L’esprit de la nature anime la Cité de la musique
Un vent de fraîcheur soufflait sur le concert d’ouverture du « week-end chœur » de la Philharmonie de Paris. Sous la direction musicale de Léo Warynski et scénique d’Éric Obersdorff, Les Métaboles y habitent l’univers du compositeur Raymond Murray Schafer.
[...]
On accède avec Miniwanka or The Moments of Water (1971) aux partitions graphiques de Schafer, qui requièrent du chef une direction plus analogique et du chœur une cohésion organique. Les déplacements scéniques mettent en exergue le beau travail de mise en scène d’Oberdorff, dont la dimension chorégraphie est patente. Outre la fluidité de mouvement qui permet d’accompagner l’enchaînement des pièces, cette scénographie parvient à faire des outils des musiciens, partitions et pupitres, des éléments de décor, à diversifier leurs possibilités d’usage (démultiplication, mutualisation), d’induire des postures inhabituelles et de susciter une écoute en mouvement. Après les différents états de l’eau, ceux de la neige amènent dans Snowforms (1983), avec ses dix mots utilisés par les Inuits pour désigner la neige, la quiétude d’harmonies planantes confiées à un chœur de femmes.
Complété avec Raua needmine (1972, révision 1991) de Veljo Tormis, le programme bascule vers l’imaginaire nordique et l’épopée du Kalevala. Cette « Malédiction du fer » inspire au compositeur estonien une musique à forte résonance chamanique, qui rejoint les rituels amérindiens de Schafer. Un tambour, des voix graves qui frôlent le registre fry, une frontière poreuse entre le parlé et le chanté, parfois même entre le chanté et le crié, tout ceci est remarquablement restitué par Les Métaboles. Depuis sa création à Metz en 2023, ce remarquable spectacle continue manifestement d’habiter ses interprètes.
« Les déplacements scéniques mettent en exergue le beau travail de mise en scène d’Oberdorff, dont la dimension chorégraphie est patente. Outre la fluidité de mouvement qui permet d’accompagner l’enchaînement des pièces, cette scénographie parvient à faire des outils des musiciens, partitions et pupitres, des éléments de décor, à diversifier leurs possibilités d’usage (démultiplication, mutualisation), d’induire des postures inhabituelles et de susciter une écoute en mouvement. »