On a pu apprécier ces qualités, mi-avril à l’Auditorium du Louvre, à l’occasion d’un programme « Voix sculptées » présenté en parallèle de l’exposition « Michel-Ange Rodin. Corps vivants ». Oublions les projections d’images issues de celle-ci. Une bonne idée au départ mais rendue fastidieuse par le mode projection-diapo, plus adapté à une conférence sur l’histoire de l’art qu’à un concert – qui appelle un parallélisme entre la fluidité de la musique et l’enchaînement des éléments visuels.
Côté musique on aura en tout cas été comblé par un programme qui, de Roland de Lassus à Francesco Filidei, illustrait la versatilité stylistique des Métaboles. À côté de la pureté inspirée de neuf des douze Prophéties des Sibylles, d’une vision inhabituellement ornementée – sculptée – du Miserere d’Allegri, de la découverte du néo-baroque Miserere CG 144 de Gounod (une curiosité, mais pas la part la plus inoubliable de la production sacrée de l’auteur), on gardera longtemps en mémoire le Tutto in una volta de Filidei, pièce de 2020, très prenante, soulignant la stupéfiante malléabilité de la sonorité des Métaboles, tout aussi bien mise en valeur dans deux fabuleux Saint-Saëns (Calme des nuits, Des pas dans l’allée) – des partitions, incluses dans le disque « Jardin féerique », que l’on a d’autant plus savourées qu’aucune projection ne venait perturber leur poésie. En conclusion, on a retrouvé Thibault Perrine à l’œuvre pour un autre arrangement d’une pièce orchestrale française célèbre : le Prélude à l’après-midi d’un faune. Pour cette transcription (datée de 2025), le musicien s’est contenté, si l’on peut dire, d’utiliser des extraits du poème de Stéphane Mallarmé. Toute la magie de la partition de Debussy est préservée, par l’art d’un maître transcripteur que Léo Warynski et ses troupes servent avec autant de sensibilité que de science. Admirable.